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Un ministre qui se déplace en cachette… Pourquoi ?

Communiqué de presse du SNUipp-FSU du Doubs Audience auprès de M. Lahaye (conseiller de JM Blanquer)

lundi 7 octobre 2019

Les représentant.es du SNUipp-FSU du Doubs ont appris par hasard, vendredi après-midi, la venue du Ministre de l’Education nationale et de la jeunesse dans le Doubs. Pourquoi le ministre se déplace-t-il en catimini ? Pourquoi ne pas l’annoncer ? Pourquoi demander aux directeur.rices des écoles concerné.es par une visite de garder cette information secrète ?

Peut-être bien pour éviter la rencontre avec les enseignant.es ! Peut-être aussi pour empêcher l’expression des enseignant.es du premier degré par la grève ! En effet, pour pouvoir être grévistes un lundi matin et accueillir M. le Ministre à son arrivée, les professeur.es des écoles auraient dû en informer l’administration le jeudi précédent au plus tard. Ainsi, la visite “touristique” de M. Blanquer s’est limitée à des rencontres ultra-préparées et contrôlées dans des classes correspondant aux critères choisis (par exemple, M. Blanquer aura visité en REP+ deux classes dédoublées à 12 logées dans de vraies salles de classes et pas des classes à 24 avec deux enseignant.es ou encore des classes à 12 logées dans un “cagibi” par manque de locaux).

La loi imposant aux enseignant.es de déclarer leur intention de faire grève 2 jours ouvrés avant la date aura bien fonctionné cette semaine ! Elle aura permis par deux fois de passer sous silence la contestation :

jeudi 3 octobre : de nombreux enseignant.es ont regretté de ne pouvoir se mettre en grève, le jour des obsèques de Christine Renon,

lundi 7 octobre : la colère est grande chez nos collègues de ne pas avoir pu se mettre en grève pour être présent.es ce matin et “accueillir” le Ministre. Cette dégradation des droits contribue au mal-être de la profession !

Les représentant.es élu.es des personnels du SNUipp-FSU, faute de pouvoir proposer un appel à la grève de la profession, avaient demandé à pouvoir au moins avoir un échange avec le Ministre. Ils/elles ont été reçu.es à l’écart, à la Préfecture de Besançon, par un conseiller du ministre (M. Lahaye) accompagné de L’Inspecteur d’Académie du Doubs.

Si le ton est cordial et l’invitation au dialogue souvent répétée, M. Lahaye a tout de même rappelé par deux fois qu’il fallait “faire attention à ce que l’on dit” et a invité les représentant.es des personnels à “la retenue”.

Pourtant, pour le SNUipp-FSU, de nombreuses difficultés contribuent à empêcher le travail des professeur.es des écoles. Les représentant.es des personnels font remarquer une certaine morosité dans les écoles à cette rentrée. Ils en attribuent la cause à la fois à une difficulté croissante et une perte de sens du métier.

Le métier d’enseignant.e est rendu de plus en plus difficile par :

• des effectifs toujours trop importants dans une large majorité des classes, • le manque de moyens spécialisés pour aider les élèves en difficultés, les situations d’inclusion parfois impossibles à réaliser faute de moyens et particulièrement la solitudes des enseignant.es face aux difficultés quotidiennes.

• le manque fréquent de soutien de la hiérarchie.

• la lourdeur croissante des tâches des directeur.rices. Notre collègue directrice qui s’est suicidée à Patin a elle aussi fait la liste de ce qui l’aura poussé à cette extrémité. Sa solitude de directrice est aussi celle de tous les enseignant.es qui se sont reconnu.es dans sa détresse

Chaque école a besoin d’une direction ; chaque direction doit pouvoir être assurée par un enseignant.e qui disposera d’un temps de décharge suffisant et d’une aide pour les tâches administratives. Les équipes enseignantes ont besoin de temps pour analyser et construire ensemble les réponses adaptées aux besoins de leurs élèves. Etre cheffe, avoir le pouvoir d’évaluer ses collègues, n’aurait pas sauvé notre collègue Christine Renon ! Elle avait besoin de temps pour faire son métier et assurer sa fonction de directrice, en concertation avec ses collègues. Elle avait besoin de sentir son administration à ses côtés, en soutien et non au-dessus d’elle, à lui imposer des tâches administratives tellement éloignées de sa mission de directrice, animatrice pédagogique d’une équipe (enquêtes informatiques, recrutement de contractuels, rédaction de plans de sécurité de l’école, …)

La question du sens de notre métier est également posée au conseiller du Ministre par les représentant.es des personnels.

Comment trouver du sens à son métier et la motivation nécessaire quand les conditions ne nous permettent plus de faire progresser les élèves qui nous sont confiés ? Quand une inclusion ne permet pas les progrès de l’enfant en situation de handicap et dégrade les conditions de travail de la classe entière ? Quand on reçoit d’en haut des injonctions sur des méthodes à appliquer dont on ne saisit pas l’intérêt ? Quand on doit faire passer à ses élèves des évaluations nationales standardisées et imposées partout, au même moment dès le CP ? Quand on doit organiser des temps d’APC imposés après des demi-journées de classe déjà lourdes ?

Pour le SNuipp-FSU, chacun de nos élèves est différent et notre professionnalisme consiste à prendre en compte ces diversités pour construire notre pédagogie. Nous sommes capables d’enseigner. Nous n’avons pas besoin qu’on nous dicte les “bonnes” méthodes.

Aux concurrences prônées par JM Blanquer et ses évaluations aux remontées obligatoires, le SNUipp-FSU oppose l’efficacité des collectifs de travail ! La concurrence des élèves contre les élèves, des enseignants contre les enseignants, des écoles contre les écoles dégrade à la fois les conditions d’apprentissages des élèves et les conditions de travail des enseignant.es. Pour organiser un collectif de travail efficace, il faut du temps pour que les enseignants puissent travailler ensemble, un.e direction d’école avec un temps de décharge conséquent et une aide administrative professionnelle.

Notre ministre ne change ni de méthode, ni de projet. Il fuit la réalité des dégâts causés par un nouveau management public dont il applique scrupuleusement les principes (« Ayez confiance ! »).

Pour le SNUipp-FSU, il est inacceptable que le suicide de notre collègue Christine Renon soit instrumentalisé par JM Blanquer et la députée LREM Cécile Rilhac en tentant d’instaurer une direction hiérarchique au sein de chaque école.

On ne résout pas les problèmes avec une prime pour quelques-un.es ! C’est l’ensemble des enseignant.es qui méritent une augmentation de salaire et du temps pour travailler collectivement.

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