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Compte rendu stage du 21 novembre : les enseignants en quête de reconnaissance

lundi 5 janvier 2015

Introduction

L’idée de ce stage syndical sur la quête de reconnaissance des enseignants du 1er degré a germé avec notre expérience de représentants des personnels en instances paritaires et à partir de nos rencontres avec les enseignants du 1er degré du département. Le SNUipp/FSU est à l’écoute des personnels et de ce fait, centralise les réactions, les souffrances, les colères, de ceux-ci. Ainsi, les périodes de promotions, de mouvement sont particulièrement riches à ce niveau et les quelques 2900 appels téléphoniques reçus entre le 1er et le 15 juillet dernier à l’issue de la deuxième phase du mouvement montrent bien l’importance de notre syndicat aux yeux des collègues pour toutes les questions d’accompagnement.

Nous sommes de plus en plus confrontés à des situations de détresse et le nombre de situations médicales et sociales, le nombre de demandes de mise en disponibilité, le nombre de démission augmentent chaque année. Le SNUipp/FSU organise aussi des réunions d’information syndicales, des sondages, des enquêtes ce qui lui permet d’entendre les collègues au niveau départemental comme national. Ainsi « dégradée, peu reconnue et dévalorisée », sont les qualificatifs les plus employés par les enseignants du premier degré pour décrire leur profession selon un sondage réalisé pour le SNUipp-FSU. Il nous a donc semblé légitime et important d’organiser un stage sur ce besoin, cette recherche de reconnaissance pour tenter de comprendre ce qui posait problème, quelles étaient les attentes des enseignants et quelles étaient les pistes à étudier, à tous les niveaux que ce soient, pour tenter de reprendre le dessus sur une situation qui semble nous échapper d’année en année.

Plus de six enseignants sur dix se déclarent insatisfaits de leur situation professionnelle actuelle et ce constat s’accentue nettement avec l’ancienneté. Près de neuf enseignants sur dix ont le sentiment que leur profession a une mauvaise image dans la société française.  » Dans « Les préoccupations des enseignants en 2014 », enquête réalisée pour le SNUipp-FSU en juin dernier, Harris interactive décrit des enseignants en proie au doute, ayant une vision négative de leur profession malgré, et c’est à noter, une nette fierté à exercer ce métier (une autre enquête réalisé par TALIS (enquête internationale pour l’OCDE sur l’environnement professionnel des enseignants, leurs conditions de travail) montre clairement que la grande majorité des enseignants aime son métier et ne serait pas prête à en changer). Le malaise, latent depuis des années semble désormais bien installé. Il n’y a rien de bon à attendre d’une telle situation, pas plus pour les enseignants qui en souffrent, que pour les élèves dont la réussite réclame un minimum de sérénité dans les écoles et les classes.

La crise, c’est celle de la confiance en soi pour des enseignants qui ont parfois le sentiment de ne pas y arriver. Il y a ce taux de 15% d’élèves en difficulté que l’institution ne parvient pas à résorber et dont on a trop facilement tendance à les rendre seuls responsables. Il y a la perte de repères quand tout ce qui fait le cœur du métier, la classe, la pédagogie, semble moins important aux yeux de la hiérarchie que les démarches administratives, les contraintes organisationnelles...

La crise s’alimente aussi de ces non-dits qui laissent penser qu’enseigner ne demande pas de compétences particulières. On se souvient de la polémique soulevée par Gilles de Robien sur l’apprentissage de la lecture. Il suffisait simplement d’appliquer une méthode précise pour que les élèves apprennent à lire avec succès à tous les coups : les enseignants étaient remisés au rang d’exécutants. Les politiques de formation mises en œuvre par la suite reposaient sur ce même ressort. « Ces dernières années, une formation initiale défaillante, l’abandon de l’apprentissage des méthodes pédagogiques et une formation professionnelle quasi inexistante ont accentué les difficultés. Les enseignants sont accompagnés la première année puis abandonnés et ils ont le sentiment de pratiquer leur métier de façon de plus en plus isolée » souligne Eric Charbonnier, expert en éducation auprès de l’OCDE.

Crise encore quand la hiérarchie n’est pas perçue comme une ressource, mais comme le gendarme de l’Inspection d’Académie débarquant dans les écoles pour contrôler, vérifier, enjoindre. L’ergonome Fabien Coutarel pour qui « il n’y a pas vraiment d’encadrement dans l’école », le dit avec force. Ce qui manque, c’est « quelqu’un qui soit proche des équipes, en soutien, qui ait des compétences et du temps pour aider à construire des réponses collectives aux difficultés quotidiennes du travail et aux problèmes de pratique professionnelle. Quelqu’un qui puisse proposer un cadre et des ressources mais aussi faire respecter ce cadre ». Au fond, ce qu’il décrit c’est le profil type de l’IEN tel qu’il devrait être sur le terrain. Mais l’épreuve des faits est implacable. Dans leur travail nombre d’inspecteurs se cantonnent aux contrôles réclamés plus haut. Construire un rapport hiérarchique avec les enseignants et les équipes basé sur une relation de professionnel à professionnel, instaurer un climat plus empreint de confiance que de méfiance et le cadre devient tout de suite plus propice à l’émergence de dynamiques autour de projets et de pratiques à haute teneur pédagogique. « La confiance que l’IEN met dans nos choix pédagogiques nous donne l’élan de nous impliquer sans la peur d’être mal jugé » commente une enseignante travaillant dans une circonscription où l’IEN a su construire ce type de climat. Ces « bonnes pratiques » peuvent se retrouver dans une charte élaborée dès 2009 par le syndicat FSU des inspecteurs qui s’inquiétait de la tournure prise par les inspections. Amendée en 2014, cette charte pose les bases d’une déontologie du métier d’inspecteur qui insiste sur la nécessaire mise en évidence des qualités professionnelles de chaque enseignant, mais nous laisserons le soin à Paul Devin, secrétaire général du Syndicat National des Personnels d’Inspections de la FSU de venir présenter son métier, la façon dont le SNPI l’envisage et décliner les postures professionnelles décrites dans cette charte de déontologie.

La crise, c’est encore cette sorte de défiance à l’égard de l’école et des enseignants qu’exprime un nombre grandissant de parents. S’interroger sur les méthodes mises en oeuvre, sur la pertinence de donner ou pas des devoirs à la maison …. La persistance de l’échec scolaire, la crise économique et un taux toujours très élevé de chômage, ne sont pas sans expliquer cette pression sociale et l’exigence grandissante des familles envers l’école. Docteur en sciences de l’éducation, Anne-Marie Chartier nuance quelque peu le tableau : « des parents peuvent avoir confiance dans l’enseignant, dans l’équipe pédagogique d’une école, mais dans le même temps être méfiants à l’égard de l’institution en général ».

Et puis, la crise c’est aussi celle de la dévalorisation du métier, qui se traduit notamment par des salaires reconnus parmi les plus bas des pays de l’OCDE, pour un métier qui requiert un haut niveau d’étude et de qualification et un nombre d’heures devant élèves supérieur d’environ 142 heures annuelles par rapport à la moyenne des pays européens. Ce manque de reconnaissance du métier d’enseignant affaiblit le système. Rappelons que plusieurs études internationales démontrent que les pays dans lesquels les élèves réussissent le mieux sont aussi ceux où l’enseignant est le plus valorisé. Alors que les difficultés d’exercice du métier vont croissantes, les enseignants ont le sentiment qu’ils ont de moins en moins de temps à consacrer aux tâches d’enseignement et à leur préparation. L’apparition de l’aide personnalisée, les nouveaux rythmes scolaires n’ont fait que renforcer cette situation. Parallèlement, les contrôles administratifs de tous ordres se sont multipliés : évaluation des élèves, projets, sorties scolaires … Trop de temps passé à rendre compte plutôt qu’à faire. Les injonctions hiérarchiques, les demandes souvent contradictoires déstabilisent le travail des équipes pédagogiques et les éloignent de leur mission auprès des élèves. Pour le SNUipp/FSU, il faut redonner autonomie et confiance aux enseignants, en finir avec les contrôles pour leur permettre de se recentrer sur le cœur de leur métier. Les 108 heures actuelles hors enseignement doivent être mises à disposition des équipes qui pourront reprendre la main sur leur contenu. Reprendre la main sur le métier, sur les contenus, c’est le sens de l’intervention de Youri Meignan, chercheur qui avec son équipe de psychologie du travail et de clinique de l’activité au CNAM, Conservatoire National des Arts et Métiers de Paris s’intéresse particulièrement à la souffrance au travail et à la manière de reprendre la main collectivement en agissant sur le métier. Youri Meignan défend notamment l’idée de constitution de collectifs, qui prennent en charge la controverse professionnelle... Youri Meignan développera les notions de « travail de qualité empêchée » : quand les travailleurs ne peuvent plus faire le travail comme ils savent qu’ils peuvent le faire, qu’ils ne peuvent plus faire leur travail avec la qualité dont ils se sentent capables, qu’ils ne se reconnaissent plus dans le travail qu’ils font et présentera sa réflexion sur les pistes pour se réapproprier le métier d’enseignant.

Enfin, il est nécessaire de prendre en compte la pénibilité de notre travail. L’Éducation Nationale n’a pas échappé aux méthodes managériales empruntées au secteur privé : mise en concurrence, promotions au mérite, injonctions contradictoires, dénaturation des métiers, suppressions massives de postes ...Enseigner demande un engagement fort, à la fois intellectuellement et émotionnellement : les métiers de l’enseignement exposent beaucoup. Il est nécessaire d’en tenir compte dans la manière dont sont abordées les questions de risques psychosociaux, et plus généralement les risques professionnels. Quand on demande aux enseignants quelles sont « leurs attentes vis-à-vis de leur employeur l’Éducation nationale », leurs réponses peuvent être classées en 4 thèmes. Selon les résultats d’une enquête du « Carrefour santé social * » (la MGEN en partenariat avec la FSU et d’autres organisations syndicales) parue en 2013, la demande de reconnaissance de la pénibilité au travail, du stress, de la fatigue et des effectifs importants dans les classes est primordiale. Elle est suivie par une demande de moyens pour bien exercer son métier comme la formation continue. Elle passe par le souhait d’être écouté, considéré et respecté et enfin par la volonté d’un suivi médical régulier. La FSU s’investit pleinement dans la création des CHSCT (Comité Hygiène Sécurité et Conditions de Travail) et dans le développement d’une véritable culture de la santé au travail. Nadine Castioni secrétaire départementale du CHSCT nous expliquera son travail d’élaboration de mesures de prévention en lien avec l’administration, les blocages que le CHSCT rencontre au niveau départemental (faiblesse de la médecine de prévention, difficulté à faire entendre les analyses à l’administration), les possibilités d’intervention du CHSCT (visites d’établissement, accompagnement, analyse des risques après observation, évaluation de ceux ci et prévention, enquêtes, définition de programmes de prévention).

Enfin, nous tenons à communiquer un passage d’un courrier que nous a écrit Margaux Weyer, fille d’une institutrice du Doubs, qui a mis fin à ses jours il y a quelques années et qui montre l’importance de se retrouver, d’échanger, de discuter pour ne pas rester seul face à la difficulté : « Comme un devoir de mémoire qui s’achève par ces mots : l’enseignement en France va mal, mais l’Institution ne voit pas ou ne veut pas voir que ses petits pions sont en position d’échec scolaire. Car qui d’entre vous peut affirmer qu’il /elle a eu une visite médicale de travail au moins une fois tous les 24 mois ? N’est ce pas hypocrite de la part de l’État de ne pas prendre soin de SON personnel alors qu’il y contraint toutes les boites privées ? 

Comme un devoir de mémoire à ma mère, institutrice dévouée à son boulot, submergée par les réformes et les programmes plus inutiles et infaisables les uns que les autres, peu à peu dégoûtée de son métier qu’elle adorait- par ces changements de cap permanents et son impression de ne pas être reconnue pour le travail qu’elle fournissait, détruite par son incapacité à rentrer dans les rangs, à ne pas dénoncer les dérives de l’Éducation Nationale et détruite de se voir être la seule à dire ses reproches tout haut, ... perfectionniste au point de ne plus avoir l’envie de vivre, quand on lui a dit qu’elle ne rentrait plus dans le nouveau moule de l’enseignante modèle... L’école c’était sa vie.. »

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Intervention Youri Meignan
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Intervention Paul Devin
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Charte inspection du SNI/FSU
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Intervention Nadine Castioni
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