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UNE ÉPIDÉMIE PRÉVISIBLE par GÉRARD CHAOUAT (médecin, immunologiste et chercheur au CNRS)

mercredi 22 avril 2020

UNE ÉPIDÉMIE PRÉVISIBLE

par GÉRARD CHAOUAT (médecin, immunologiste et chercheur au CNRS).

ADDENDUM DU 17 AVRIL

Tout d’abord, quelques précisions sur la sortie du confinement annoncée pour le 11 mai.

Il est évident que – beau temps et problèmes psychologiques obligent – le confinement devient de plus en plus dur à supporter. Pour autant, et la non-mention du conseil scientifique par Macron lors de son allocution télévisée du 13 avril, en est un signe, il n’y a pas d’accord scientifique et clinique sur la réouverture des écoles. L’étonnement de l’Ordre des médecins (entre autres) est très significatif, car il va être impossible d’empêcher les enfants de se toucher dans les cours de récréation et donc de se contaminer mutuellement… et de transmettre tout ça à maman, papa, mamie et papy. Et, bien sûr aux enseignant·es. Ajoutons que le nombre de points d’eau et de savons mis à disposition dans une école rend le lavage des mains collectif long et, de plus, il est impossible de mettre en pratique un tel lavage de mains de manière efficace dans une école.

Chacun le sait, il s’agit d’envoyer les enfants à l’école pour faire reprendre le boulot aux travailleur·euses. Le tout, d’ailleurs, avec peu de précautions réelles. Le premier mort chez PSA en témoigne : le patronat/Medef s’en fout largement. On se rapproche de la fameuse séquence « Moloch » de Metropolis, le film de Fritz Lang (1927).

Le tout avec des masques et des tests qui n’en finissent pas d’arriver !

À quoi il faut ajouter la petite chanson sur l’immunité de groupe, seule « alternative » à un vaccin actuellement inexistant. Eh bien, c’est très simple : au maximum 10 à 15 % de la population ont été infectés, alors qu’une immunité de groupe suppose qu’au moins 60 à 70 % de la population l’aient été… Avec bien sûr une mortalité en conséquence.

S’ajoutent à cela de mauvaises nouvelles sur la faible durée de vie des anticorps. Et donc sur les récidives possibles2

2. Voir « Addendum » du 12 avril, « Une épidémie prévisible », Covid-19, un virus très politique, vol. 1-3. …

Il y a plusieurs explications possibles. Elles tournent toutes autour du fait que la mémoire immunitaire ne serait pas activée. La réponse anticorps nécessite en effet une « coopération » (en fait une communication grâce aux interleukines – molécules de signalisation entre globules blancs et autres cellules dont essentiellement les globules blancs – ou lymphocytes eux-mêmes) entre des cellules dites B, qui produisent les anticorps, et des cellules dites T. La première partie de la réponse immunitaire, « grossièrement visible », est faite d’anticorps ou immunoglobulines produites par les cellules B activées par la reconnaissance directe du matériel étranger. La cellule sécrète dès le jour 5 après la rencontre une « grosse » immunoglobuline, l’Ig (pour Immunoglobuline) M, ou IgM pentamérique, c’est-à-dire répétant cinq fois la même molécule anticorps de base, ce qui lui permet de s’engager contre plusieurs « corps étrangers » à la fois, d’où un fort pouvoir agglutinant et neutralisant. Elle n’est secrétée que temporairement et a elle-même une faible durée de vie. Dans le même temps, les cellules T activées elles aussi par la reconnaissance de l’agent étranger sécrètent une interleukine (l’interleukine 2) aux cellules B, pour les faire activer en cellules mémoires et faire basculer leur UN VIRUS TRÈS POLITIQUE 22 ÉDITION DU 20 AVRIL 2020

sécrétion d’IgM à des anticorps dits IgG, dotés d’une longue durée de vie, et activent la « mémoire » B. Ainsi, en cas de nouvelle rencontre avec le même étranger, la cellule B sécrétera immédiatement de fortes quantités d’IgG.

Un taux anticorps faible évoque soit une réponse insuffisante IgG, soit une réponse IgM seule (au pire, on a une réponse bloquée en IGM seule, dite « T indépendante », cas de la réponse à certains sucres bactériens ou viraux).

Le pire du pire, c’est quand les virus ou les bactéries hyperactivent en plus une catégorie cellulaire particulière, les « T suppresseurs » (ou Ts), ainsi nommés parce qu’ils régulent normalement l’amplitude de la réponse immunitaire pour éviter, par exemple, un emballement inflammatoire, mais qui, comme leur nom l’indique, sont capables de l’empêcher et de supprimer totalement une réponse immunitaire, sécrétion d’IgM comprise et, y compris la réponse des cellules (T) tueuses, cellules indispensables en immunité antivirale car elles détruisent les cellules infectées ; l’exemple le plus connu est le pneumocoque SIII qui n’induit qu’une réponse Ts et IgM, d’où le caractère grave de son infection avant l’utilisation de la pénicilline.

Cela ne veut pas dire qu’on ne puisse pas induire une réponse vaccinale en couplant l’antigène microbien ou viral à une protéine porteuse qui peut être d’ailleurs un autre virus inactivé… le tout avec un « adjuvant » (dont les antivaccins parlent beaucoup).

Il est beaucoup trop tôt pour parler de succès ou d’échec d’un vaccin, pour la bonne raison que ceux-ci sont encore tout simplement à l’étude, ou d’immunité non existante à distance de l’infection, même si les rapports commencent à signaler une très courte durée de la réponse anticorps et l’existence de réinfections.

Mais une chose est sûre : un déconfinement mal conduit, c’est le risque d’une deuxième vague ! Le gouvernement Macron-Philippe, de ce point de vue, n’inspire aucune confiance.

PS. On reparlera de la chloroquine la semaine prochaine, une fois une étude quasi randomisée menée à Détroit – et d’autres sans doute – officiellement publiée. Et du P4 de Wuhan et de Luc Montagnier.

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